“Le soufflet de mon accordéon est comme un battement de mon coeur” – Yvette Horner

Réparer un accordéon – Pierre Blanco-Garcia

Pierre-accordeoniste

Pierre Blanco-Garcia est un accordéoniste passionné qui a exercé pendant 10 ans le métier de facteur d’accordéon. Il a réparé de nombreux instruments pour des copains et des copains de copains. Il nous raconte son histoire…

L’apprentissage de la musique

Pierre Blanco-Garcia commence la musique vers l’âge de 7 ou 8 ans dans une école de musique. C’est une école de musique traditionnel où il chante principalement. Pour lui, c’est très rébarbatif et il arrête au bout d’une année ou deux.  Pierre continue à côté d’entraîner son oreille, il joue sur un petit synthé et apprend la guitare.  “J’ai toujours eu une bonne oreille mais j’arrivais pas les barrés à la guitare, c’était galère !”. Pierre aime également l’accordéon et les groupes comme les Orgres de Barback ou encore La Rue Ketanou

Rencontre de l’accordéon chromatique

Un jour, une amie possédant un petit accordéon en haut d’une armoire qu’elle n’utilisait plus lui prêta son instrument.  Il s’agissait d’un accordéon particulier  : un mélodéon. Le mélodéon est un accordéon chromatique qui comporte uniquement des basses chromatiques (pas de déclencheur). Il a la particularité de posséder de gros boutons sur le clavier droit et sur le clavier gauche (L’octave est plus grave à la main gauche et possède moins d’étendue qu’un accordéon traditionnel). “Je pensais que tous les accordéons étaient comme ça.” Pierre possédait peu de notions musicales car il n’avait pas pris beaucoup de cours de solfège. Jouer de l’accordéon a toujours été pour lui un plaisir et non un travail ou un effort. 

Etudes musicales, musicologie

Par la suite, Pierre étudie à Tours en biologie et joue de l’accordéon pendant son temps libre. Il apprend l’existence du déclencheur et de l’accordéon chromatique avec des basses standards. Ainsi, il change d’accordéon et progresse petit à petit. Finalement, il quitte les études de biologie et décide d’intégrer une faculté de musique. Cependant, c’est encore une fois très rébarbatif et très scolaire. En effet, à cette époque, Pierre n’est pas intéressé par l’histoire de la musique ou par l’étude de pièces classiques. “Ce que je vivais à l’école était moins intéressant que ce que je vivais dans mon cœur ou avec mon accordéon”.

Au bout de 6 mois, Pierre arrête l’école. Toutefois, il continue de jouer de l’accordéon et de suivre ses envies. Il ne joue que rarement avec d’autres musiciens. 

La musique et l’accordéon, un métier ?

Pierre possède toujours le premier accordéon que son amie lui a prêté. Un jour, un ami a lui marche sur la caisse de l’accordéon. La caisse Maugein en plastique moulé s’est alors fendue. De plus, ce modèle n’étais pas recouvert de celluloïds mais de peinture, ce qui rend l’instrument plus fragile. Ainsi, Pierre souhaite absolument réparer l’accordéon avant de le rendre. 

Alors, il commence à bricoler des accordéons qu’il récupère et décide de rencontrer un luthier ou un facteur d’accordéon pour apprendre à réparer son accordéon.  Il rencontre donc Serges Gros à Vinay. Puis, peu de temps après, il rentre en apprentissage à l’ITEMM en France (Institut Technologique Européen des Métiers de la Musique). Il s’agit de l’une des seules écoles en France qui forme à la restauration d’accordéon. C’est une formation sur 2 ans où 2 semaines sur 2 mois sont réservées à l’apprentissage de la réparation d’accordéon au sein de l’école et le reste du temps est consacré au travail dans une entreprise. Pierre travaille pour Serges Gros pendant 3 ans.

Le plaisir de jouer en groupe

Cette formation a l’ITEMM est le début du jeu avec les autres. Quand il étudie à l’école, il partage avec d’autres élèves musiciens un gîte. Il n’y a pas que des réparateurs d’accordéon, il y a aussi des pianistes, des guitaristes et des instrumentistes à vent. Ils étaient entre 7 et 10 musiciens et jouaient tous les soirs. “La journée ont avait cours, on réparait des instruments et le soir on boeuffait et s’amusait”. Pierre nous raconte que des amis avaient récupéré un vieux piano à Emmaüs et l’avaient entièrement retapé afin de pouvoir jouer dessus lors des soirées d’improvisation. “Ces deux années ont été un moment révélateur et le début du jeu avec les autres”

Ainsi, Pierre Blanco-Garcia répare les accordéons des copains, des copains de copains, etc… Par ailleurs, il accompagne divers groupes de musiques, des chanteurs, des groupes qui jouent des musiques traditionnels. Il rencontre notamment de nombreux musiciens à Grenoble où il séjourne.

Par la suite, Pierre décide d’arrêter, il en a marre, c’est trop répétitif pour lui. Il quitte la réparation sans penser la reprendre un jour. “A ce moment là, je n’ai pas réparé un accordéon pendant 1 ou 2 ans”.

Ce n’est que plus tard qu’il reprend son activité avec un statut d’auto-entrepreneur. Il commence à nouveau à réparer des accordéons et petit à petit il acquière tout l’outillage nécessaire. “Je réparais des accordéons dans ma caravane, ce n’était pas super, il y avait des problème d’hygrométrie et de température et je n’avais pas encore tous les outils”.

Accordéoniste en voyage

“Le grand tournant a eu lieu il y a 2 ans” nous explique-t-il.  Grâce à un ami musicien, Pierre à la chance d’avoir son propre petit atelier avec tout l’outillage qu’il a besoin. Il peu enfin être à l’aise pour réparer les accordéons.  Il commence alors à faire de la publicité, chose qu’il n’avait encore jamais faite. C’est là qu’on lui propose de partir sur les routes avec un cirque nommée le cirque bidon pendant 6 mois. C’est un petit cirque burlesque qui offre des numéros en plein air, sans chapiteau. Ainsi, notre accordéoniste voyage entouré d‘artistes et de musiciens avec pour moyens de transport des calèches et des chevaux. Le cirque comptais un accordéon, un tuba, une clarinette, une contrebasse et des percussions. Cette tournée permet à Pierre d’acquérir le statut d’intermittent du spectacle et la confiance en soi pour espérer vivre de sa passion.

Depuis, il a réparé quelques accordéons mais il préfère se consacrer pleinement dans l’apprentissage de la musique et de la théorie. Ainsi, il va donc intégrer une école de musique avec notamment comme professeur l’accordéoniste Richard Posselt pour améliorer sa technique.

Le graal de l’accordéon

Pierre affirme son envie de continuer à jouer de l’accordéon et à améliorer son jeu. De plus, il souhaite consacrer du temps au chant et chanter avec son accordéon. Le morceau qui l’a toujours aimé est l’accompagnement de “Vesoul” de Marcel Azzola. “C’est mon graal”.

 

Informations recueillies par Maëlle Aguila pour le Souffle de l’Accordéon


Souffle de l'Accordéon